Atelier d'Ecriture du mercredi 15 avril 2020


Le 30ème jour de confinement rime pour certains d'entre nous avec isolement, tristement. Nous allons essayer de contrarier les délétères effets secondaires du covid 19 avec un AE susceptible de nous aider. N'oubliez pas que vous êtes une trentaine de personnes (à ce jour : ça monte chaque semaine !) à recevoir ce message et le mot "atelier" garde tout son sens.

Cet AE se veut divertissant. Il a l'ambition de détourner notre attention pour adoucir notre situation par une activité absorbante, agréable, créative. Ecoutons le toulonnais Gilbert Bécaud (1927-2001) et le franco-italo-grec Georges Moustaki (1934-2013).



Nous allons donc ensemble nous attaquer à ce vocable tout simple mais un peu trop envahissant : "seul" pour le vider, l'épuiser, en extraire tous les aspects négatifs, en dégager les faces sombres et le liquider.

Pour commencer voici une liste non exhaustive des synonymes de l'adjectif "seul". Je vous propose de former une phrase pour employer chacun à sa juste mesure. Je vous fournis un exemple par notre maître à tous, Raymond Queneau lui-même, à vous de compléter les autres cases. Prenez votre temps, il y en a 30 ! Et vous penserez peut être à un mot que j'ai oublié ? La dernière case attend votre trouvaille réelle ou inventée !



Mais la solitude est-elle toujours vécue négativement ?

Bertolt Brecht (1898-1956) a écrit une nouvelle qui a donné à René Allio l'idée du film "la vieille dame indigne" en 1964 : À Marseille, une vieille femme, Madame Bertini, se retrouve seule à la mort de son mari. Tous ses enfants sont mariés et dispersés dans la région à part Albert et Gaston qui sont restés à Marseille. Par intérêt pour l’héritage, les deux fils cherchent à accaparer leur mère. Mais elle décline leurs invitations et, avec le peu d'argent reçu des ventes de l’entreprise familiale en faillite et de tous les biens qui avaient constitué son quotidien jusqu’alors, elle s’achète une voiture et part à l’aventure en compagnie d’une serveuse de bar, Rosalie, une jeune femme très libre, pour laquelle elle s’est prise d’amitié...

"Histoire d'un paysan" est un roman-feuilleton écrit par deux écrivains français : Emile Erckmann (1822-1899) et Alexandre Chatrian (1826-1890). C'est le récit de la Révolution Française vue de la Lorraine. Le héros vient de recevoir un courrier, sans doute de sa "valentine" (qui s'appelle Marguerite) :"Je voulais lire la lettre tout seul, c'est pourquoi, malgré mon impatience, je la mis dans ma poche".

En 1943, Jean-Paul Sartre (1905-1980) rédige la pièce de théâtre "Huis clos". Ce drame relate l'arrivée de trois personnages en enfer. Deux femmes et un homme, cherchant à comprendre ce qui a pu les y conduire et quel est leur châtiment. Ils comprennent rapidement qu'il n'y a pas de bourreau, car chacun des deux autres est le bourreau du troisième. Leur punition consiste à vivre pour l'éternité tous les trois, à coexister, à se détester, à se supporter. "Tous ces regards qui me mangent... Ha, vous n'êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors, c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril... Ah ! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer c'est les autres".

La solitude actuelle permet-elle de se délivrer d'autrui pour se réapproprier soi-même ? Et le monde qu'autrui nous vole ?

A votre tour d'écrire !

A quelle occasion auriez-vous aimé, eu besoin, désespérément, d'être enfin seul(e), tout(e) seul(e) !

Dans votre enfance vous partagiez votre chambre avec frère(s) et sœur(s). En collectivité vous n'aviez jamais un instant de solitude : pensionnat, scoutisme, colonie de vacances, etc. Pour Noël, vous receviez un cadeau à partager. Au Monopoly, vous rêviez de jouer seul(e) pour devenir propriétaire des Champs-Elysées et de la rue de la Paix. A l'école, vous étiez amoureux(se) de votre instituteur(trice) et vous le(la) vouliez pour vous tout(e) seul(e). Quand il ne restait qu'une seule crêpe, une seule portion de frite, la dernière, il vous la fallait...

Aujourd'hui, dans votre travail, vous savez bien ce que vous feriez si vous étiez seul(e) à prendre les initiatives, à organiser l'activité, à prévoir les dates de congé, etc. En famille, en couple, si vous aviez été seul(e) à telle occasion, ça se serait sûrement mieux passé.

Au passé, au présent, au futur, imaginez, racontez...

A mercredi prochain !


© 2020 Marie-Paule Henri.