Atelier d'écriture du mercredi 8 juillet 2020

Dernière mise à jour : 15 juil. 2020


Depuis le 20 juin dernier, c'est l'été. Messidor, selon le calendrier républicain (1792-1806), puisque période des moissons. Mais en France, de nos jours, l'été commence vraiment avec le mois de juillet, pour rimer avec congé, liberté, facilité, négligé. Lisons quelques textes pour le vérifier.


Quand vient l’été Quand vient l’été vient le désir de se laisser aller, d’en finir avec les contraintes et les plaintes pour retrouver la légèreté, la simplicité d’être.

Quand vient l’été vient le désir de ralentir le pas, de se promener doucement dans sa vie pour en cueillir le goût, en savourer le relief.

Quand vient l’été vient le désir de s’élever au-dessus des brumes du chemin pour renouer avec ce qui en soi est vivant.

On voudrait tant se poser dans la tranquillité, laisser fleurir le silence, soigner la qualité de sa présence.

Mais à vouloir ainsi, on risque le désespoir, car la vie est toujours de « l’autre » qui fracture les envies et découd les projets.

Elle sème le désordre chez les plus organisés, emmène les plus prévoyants en terre d’imprévu, fait taire toute prétention à la maîtrise.

Le malheur n’est pas qu’il en soit ainsi, il est de se raidir dans ses attentes, de préférer ses rêves à l’appel du présent.

Il est surtout de bouder l’inédit, qui a pourtant force de révélation quand on renonce à la frustration.

La vraie joie prend par surprise, elle surgit moins de ce que l’on prévoit que de la réponse que l’on offre à ce qui arrive.

Aux matins pluvieux comme aux matins heureux, aux heures tragiques comme aux heures magiques, il n’y a d’autre bonheur que celui de répondre présent.

Alors, vient le souffle de rester debout et cette douceur du lointain quand on ouvre les mains pour accueillir ce qui aujourd’hui sera pain.

Francine Carillo (pasteure et écrivain)

« Donc, voici, j’écris pour Libération. Je suis sans sujet d’article. Mais peut-être n’est-ce pas nécessaire. Je crois que je vais écrire à propos de la pluie. Il pleut. Depuis le 15 juin il pleut. Il faudrait écrire pour un journal comme on marche dans la rue. On marche, on écrit, on traverse la ville, on est traversé, elle cesse, la marche continue, de même on traverse le temps, une date, une journée et puis elle est traversée, cesse. Il pleut sur la mer. Sur les forêts, la plage vide. Il n’y a pas les parasols même fermés de l’été. (…) L’été n’est pas arrivé. À sa place, ce temps qu’on ne peut pas classer, dont on ne peut pas dire quel il est. Dressé entre les hommes et la nature il est une paroi opaque faite d’eau et de brouillard. Qu’est-ce que c’est encore que cette idée, l’été ? Où est-il tandis qu’il tarde ? Qu’était-il tandis qu’il était là ? De quelle couleur, de quelle chaleur, de quelle illusion, de quel faux-semblant était-il fait ? (…) Dans les rues il y a des gens qui marchent seuls dans le vent, ils sont recouverts de K-Way, leurs yeux sourient, ils se regardent. La nouvelle aux Français en vue d’une année difficile qui vient, de mauvais semestres, de jours maigres et tristes de chômage accru, on ne sait plus quel effort il s’agit, de quelle année pourquoi tout à coup différente, on ne peut plus entendre ce monsieur qui parle pour annoncer qu’il y a du nouveau et qu’il est là avec nous face à l’adversité, on ne peut plus du tout le voir ni l’entendre. Menteurs, tous. Il pleut sur les arbres, sur les troènes en fleurs partout, jusqu’à Southampton, Glasgow, Édimbourg, Dublin, ces mots, pluie et vent froid. »

Marguerite Duras (1914-1996), L’été 80

« Le mouvement de la mer les avait alanguis, troublant leur équilibre ordinaire, le grand air salin les avait affamés, puis le déjeuner les avait étourdis et la gaîté les avait énervés. Ils se sentaient maintenant un peu fous avec des envies de courir éperdument dans les champs. Jeanne entendait bourdonner ses oreilles, toute remuée par des sensations nouvelles et rapides. Un soleil dévorant tombait sur eux. Des deux côtés de la route les récoltes mûres se penchaient, pliées sous la chaleur. Les sauterelles s’égosillaient nombreuses comme les brins d’herbe, jetant partout, dans les blés, dans les seigles, dans les joncs marins des côtes, leur cri maigres et assourdissant. Aucune autre voix ne montait sous le ciel torride, d’un bleu miroitant et jauni comme s’il allait tout d’un coup devenir rouge, à la façon des métaux trop rapprochés d’un braisier. »

Guy de Maupassant (1850-1893), Une vie

« Je me rappelle, la fois où je suis partie dans la nuit. C’était cet été où tout s’est décidé, l’été où les récoltes brûlaient, où les villes brûlaient, où les soldats marchaient dans les rues. Je me souviens, parce que l’air était encore frais dans la nuit, le ciel était rempli d’étoiles. Je voulais voir le ciel, guetter les météores, je voulais entendre les criquets chanter. J’avais de l’électricité dans tout le corps, je ne pouvais pas dormir. J’écoutais le bruit du vent dans les tamaris, le grincement de l’éolienne au bout des champs, j’écoutais le crissement continu des insectes, ça faisait un bruit qui gonflait et décroissait, pareil à la mer. Plus loin, quelque part dans les arbres, la chouette sifflait à intervalles réguliers, comme quelqu’un qui appelle. »

J.M.G Le Clézio (né en 1940), Printemps et autres saisons

Le bel été, vraiment ?

A la suite de ces lectures, je sens une tension, comme si un danger guettait, allait survenir, inéluctablement. Quel est-il : guerre, famine, invasion de martiens, canicule, typhon, tsunami, accident nucléaire, inondation ?

Ma consigne du jour : partir d'une phrase, d'un fragment des textes ci-dessus ou d'un autre qui accroche votre lecture estivale et vous aventure dans un récit cataclysmique !

Racontez-moi une croisière, un voyage, un séjour, une période de détente où la catastrophe vous tombe dessus : votre chien est perdu, votre voiture est volée, votre chat se fait écraser, vous vous cassez les 2 jambes en skiant, vous souffrez d'une crise d'appendicite au fin fond du Sahara Mauritanien, votre avion est détourné vers l'Afghanistan, votre (belle)mère débarque à l'improviste alors que vous êtes en pleine lune de miel, votre fils adolescent tombe raide dingue amoureux d'une jeune gitane artiste de rue, on vous vole toutes vos affaires sur la plage pendant que vous vous baignez en string à Rio, votre fille accouche prématurément dans le désert d'Atacama au Mexique, le président d'une dictature africaine a loué la villa tropézienne avec femmes et enfants à côté de la vôtre, etc. Imaginez, libérez vos idées, délirez !

Bonne écriture, bonnes lectures ! Au plaisir de vous lire bientôt !

A mercredi prochain !