Atelier d'écriture du mercredi 6 mai 2020


Vendredi ce sera le 8 mai, l'occasion de rappeler deux évènements majeurs de 1945 :

· la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie ;

· la fin de la deuxième guerre mondiale.

Mais cette année, nous nous souvenons aussi de l'exode de mai-juin 1940, c'était il y a 80 ans. L'exode est une fuite massive, un départ en masse. Ce sont en effet 10 millions de belges, luxembourgeois, néerlandais et français, terrorisés, qui sont partis dans la précipitation vers le sud de la France, munis de maigres bagages hétéroclites. L'ampleur de ce mouvement de population s'expliquerait par le souvenir douloureux de l'occupation des régions envahies par l'Allemagne entre 1914 et 1918.

Si l'exode reste une tragédie collective, il se caractérise avant tout par la somme des parcours individuels qui le constituent.

Ecoutons les souvenirs de Robert BADINTER (né en 1928) dans son ouvrage "Idiss" :" Soudain, en mai, la guerre, la vraie, fit irruption dans notre vie. Elle ne devait plus nous quitter pendant les cinq années qui suivirent.

Mon enfance a pris fin le 10 mai 1940, lorsque les armées allemandes se ruèrent sur la Hollande et la Belgique, qui avaient pourtant proclamé leur neutralité. (...) La bataille de France était perdue, mais nous ne le savions pas encore.

De cette défaite qui allait tourner à la débâcle, la radio nous tenait au courant par des communiqués sibyllins, en mentionnant des combats dans des villes déjà prises. A Nantes, nous mesurions l'étendue du désastre au flux toujours croissant de réfugiés qui fuyaient l'avancée des troupes allemandes. Le lycée Clémenceau avait été transformé en centre d'accueil. Dans la cour, des véhicules de toutes sortes étaient garés, de la limousine à la camionnette, tandis que les conducteurs erraient dans la ville, des bidons vides à la main, en quête d'essence. Mon frère et moi apportions à ces réfugiés hagards des sandwiches confectionnés par Idiss (grand-mère de l'auteur et narrateur), épouvantée devant ce désastre auquel rien ne nous avait préparés. (...)

Au repas, mon père nous raconta son odyssée, les routes nationales interdites aux voitures civiles, les petites voies débordantes de véhicules hétéroclites, de la limousine aux charrettes. Des avions allemands descendaient en piqué pour lâcher quelques bombes et susciter une panique qui bloquait toute circulation. C'était la débâcle décrite par Zola, mais aux temps modernes où la machine était devenue la reine des batailles."

Et puis ce poème de Louis ARAGON (1897-1982) sobrement nommé : C

J'ai traversé les ponts de Cé C'est là que tout a commencé Une chanson des temps passés Parle d'un chevalier blessé D'une rose sur la chaussée Et d'un corsage délacé Du château d'un duc insensé Et des cygnes dans les fossés De la prairie où vient danser Une éternelle fiancée Et j'ai bu comme un lait glacé Le long lai des gloires faussées La Loire emporte mes pensées Avec les voitures versées Et les armes désamorcées Et les larmes mal effacées Ô ma France ô ma délaissée J'ai traversé les ponts de Cé

Quant à Robert DESNOS (1900-1945), lui est mobilisé en 1939 et participe comme sergent sur la ligne Maginot, à "la drôle de guerre". Il écrit le 26 mai 1940 une lettre à sa femme Youki restée à Paris :" J'ai vu évacuer le village, mesure de sécurité légitime et rassurante pour les soldats. (...) Le lendemain le village est désert. (...) Les hommes partis, le village est mort. Je fais mes "états" près de la fenêtre et je regarde la route vide, j'entends le bourdonnement des insectes qui accentue le silence. Mais quelle impression de sécurité. Le rideau est tiré entre la scène et la salle. Nous sommes entre hommes. Le maquillage ne sert plus à rien. Plus de trac. Le moral est bon. Il fait beau, calme. (...) Et je t'écris du bout du silence, calme, heureux d'avoir de tes nouvelles et plus rassuré que jamais."

Ces textes manifestent une différence de vécu, de ressenti, d'appréciation, pour le présent et le futur. Actuellement, nous traversons une période où le danger est présent mais invisible. Aucune fuite possible, le virus est partout.

Depuis le début du confinement, nous vivons avec la cacophonie des informations et le silence de la vie quotidienne. Un silence assourdissant ? Un silence rassurant ? Un silence inquiétant ? Le silence du jour est-il le même que celui de la nuit ? Le silence du dimanche est-il identique à celui du lundi ? Le silence du matin ressemble-t-il au silence postprandial ou à celui du soir ? Synonymes de silence : arrêt, calme, chut, discrétion, insonorité, interruption, la ferme, motus, mutisme, mystère, omission, paix, pause, repos, réticence, secret, soupir, ta gueule, temps, tranquillité, vingt-deux

Prenez vos plumes et décrivez vos silences, agréables ou détestables, limités ou sans fin.

C'est la consigne du jour. Bonne écriture !

A mercredi prochain !