Atelier d'écriture du mercredi 30 septembre 2020


La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats ; aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte. Cette citation est signée Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788) et figure dans son "Histoire naturelle".

Dans son billet de 8 h 55 sur France Inter, le vendredi 18 septembre dernier, François Morel (né en 1959) est d'un avis différent.

Voilà comment on te remercie, le cheval.

Toi qui, pendant des millénaires as été le meilleur auxiliaire de l'homme, toi qui as été son fidèle adjoint, son compagnon, son plus proche associé. Toi qui l'as aidé, assisté, soutenu. Toi qui l'as servi. Toi qui as donné de ta personne en demandant si peu en échange. Toi qui l'as fait voyager, toi qui lui as permis de se relier avec les autres hommes, qui grâce à toi pouvaient communiquer, s'envoyer des dépêches, des messages, des correspondances, parfois des mots d'amour.

Voilà comment on te remercie, le cheval.

Toi qui en avais souvent plein le dos mais avançais quand même. Toi qui à la bourrée tirais la charrue. Toi qui as fait la guerre, traversant la misère, le froid, la neige dans des combats qui n'étaient pas les tiens, dans des guerres perdues d'avance puisque tu n'avais jamais rien à y gagner.

Voilà comment on te remercie, le cheval.

Toi qui n'as jamais ménagé tes efforts, toi qui as accepté, courbant l'échine, d'être de trait, d'attelage, de selle, de course.

Voilà comment on te remercie, le cheval.

Toi qui as tenté de rendre l'homme meilleur, l'as fait chevalier, toi qui t'es fatigué à le distraire, à le divertir à Auteuil, Longchamp, Enghien, le faire parier, miser, rêver. Toi pourtant capable de dormir debout toujours aux aguets d'un sommeil sans rêve. Toi qui as fait l'admiration de tous sur les hippodromes et sous les chapiteaux sur la piste. Oui, je me répète, toi qui as tenté de rendre l'homme meilleur si souvent enclin à être cavalier, cavaleur, le faisant chevaleresque.

Voilà comment on te remercie, le cheval.

Toi qui par délicatesse sur les chemins de terre perdais parfois un fer, histoire de nous porter chance, de nous redonner espoir.

Voilà comment on te remercie, le cheval.

Et tu vas voir que mes quelques mots de sympathie et de reconnaissance vis-à-vis de toi seront critiqués par des abrutis qui me reprocheront de parler de la douleur des chevaux au lieu de parler de celles des enfants du monde entier comme si le cœur devait faire le tri entre les enfants martyrisés, les vieillards battus, les animaux torturés alors que l'horreur de supplicier des faibles devrait alerter chacun à chaque fois dans tous les cas sans avoir besoin de passer un concours de l'ignominie, sans tenter de revendiquer la meilleure place sur le podium dans une compétition concurrentielle de sentiments compassionnels.

Voilà comment on te remercie, le cheval.

Petit cheval dans le mauvais temps, aux mâchoires coupées, aux flancs lacérés, aux organes génitaux mutilés. Oui, faut-il qu'il soit mauvais le temps pour s'en prendre à toi, cheval, tous derrière et toi devant. Tout seul face à l'homme qui, s'éloignant de son passé de chevalier semble avoir une fâcheuse tendance à perdre son humanité.

Le petit cheval

Georges Brassens

Le petit cheval dans le mauvais temps Qu'il avait donc du courage C'était un petit cheval blanc Tous derrière et lui devant

Il n'y avait jamais de beau temps Dans ce pauvre paysage Il n'y avait jamais de printemps Ni derrière ni devant

Mais toujours il était content Menant les gars du village A travers la pluie noire des champs Tous derrière et lui devant

Sa voiture allait poursuivant Sa belle petite queue sauvage C'est alors qu'il était content Tous derrière et lui devant

Mais un jour, dans le mauvais temps Un jour qu'il était si sage Il est mort par un éclair blanc Tous derrière et lui devant

Il est mort sans voir le beau temps Qu'il avait donc du courage Il est mort sans voir le printemps Ni derrière ni devant

Stewball

Hugues Aufray

Il s'appelait Stewball C'était un cheval blanc Il était mon idole Et moi, j'avais dix ans

Notre pauvre père Pour acheter ce pur sang Avait mis dans l'affaire Jusqu'à son dernier franc

Il avait dans la tête D'en faire un grand champion Pour liquider nos dettes Et payer la maison

Et croyait à sa chance Il engagea Stewball Par un beau dimanche Au grand prix de St-Paul

"Je sais, dit mon père Que Stewball va gagner" Mais, après la rivière Stewball est tombé

Quand le vétérinaire D'un seul coup, l'acheva J'ai vu pleurer mon père Pour la première fois

Il s'appelait Stewball C'était un cheval blanc Il était mon idole Et moi, j'avais dix ans

Pourquoi cette actualité française de chevaux mutilés et tués sauvagement nous touche-t-elle... ou pas ? Quelle est la place des équidés (chevaux, ânes, zèbres) dans notre histoire de vie, le déroulement de notre existence ? Avons-nous connu précisément un ou plusieurs chevaux, quand, comment ? Est-ce que nous mangeons de la viande de cheval ou bien est-ce impossible ? Pourquoi ? Est-ce que les chansons de Georges BRASSENS (1921-1981) et de Hugues AUFRAY (né en 1929) nous donnent la chair de poule ?

C'est la consigne du jour : qu'évoque pour moi le mot "cheval" ?

Bonne écriture et bonnes lectures !

A mercredi prochain.

© 2020 Marie-Paule Henri.