Atelier d'écriture du mercredi 29 avril 2020

Mis à jour : 2 mai 2020


Dans 2 jours, c'est le vendredi 1er mai 2020. L'occasion de vous positionner : êtes-vous plutôt "fête du travail "ou "brin de muguet" ?

Côté "fête du travail", tout a commencé le 1er mai 1886, à Chicago (USA) lors d'une journée de lutte menée par les syndicats de travailleurs américains pour obtenir la journée de 8 heures. En 1889, le congrès international socialiste de Paris réuni pour le centenaire de la révolution française fait du 1er mai la journée internationale des travailleurs. La journée de travail de 8 heures est acquise en France en 1919.

En 1941, pendant l'occupation allemande, le maréchal Pétain fait officiellement du 1er mai "la fête du travail et de la concorde sociale". Cette journée devient alors chômée, avec pour objectif de rallier les ouvriers au régime de Vichy. C'est à ce moment que l'expression "fête du travail" remplace celle de "fête des travailleurs", jugée trop politique.

En 1947, la mesure est reprise par le gouvernement issu de la Libération. Le 1er mai est depuis, dans le code du travail, un jour férié, chômé et payé pour tous les salariés français.

Et, côté "muguet" ? Dans l'Antiquité, les Romains célébraient déjà, au début du mois de mai, les Florales, en l'honneur de Flora, déesse des fleurs. En Grèce, on suspendait des couronnes de fleurs à l'entrée des maisons. A la Renaissance, en France, il était d'usage, dans les campagnes d'offrir le 1er mai un branchage pour chasser la malédiction de l'hiver. En 1560, le roi Charles IX visita la Drôme où on lui offrit un brin de muguet. L'année suivante, il en offrit aux dames de la Cour en guise de porte-bonheur. Le chansonnier Félix Mayol, auteur du célèbre "Viens poupoule", connaissait-il l'anecdote ? Monté à la capitale depuis Toulon, il arbore, à défaut de camélia alors à la mode, quelques brins de muguet à sa boutonnière le soir de sa première sur la scène du "Concert Parisien". La première étant un triomphe, il conservera ce muguet porte-bonheur.

Le geste devient populaire 5 ans plus tard, le 1er mai 1900. Lors d'une fête organisée par les grands couturiers parisiens, clientes et employées reçoivent un brin de muguet. L'année suivante, les petites mains fleurissent les clientes. En 1941, le maréchal Pétain remplace l'églantine rouge, emblème de la gauche, par le muguet.

Les deux symboles du 1er mai sont ainsi définitivement associés.

En 1958, le chanteur et musicien Serge Gainsbourg (1928-1991) associe lui aussi, le travail et les fleurs :

Le Poinçonneur Des Lilas

Serge Gainsbourg

Je suis le poinçonneur des Lilas

Le gars qu'on croise et qu'on n' regarde pas

Y'a pas de soleil sous la terre

Drôle de croisière

Pour tuer l'ennui j'ai dans ma veste

Les extraits du Reader Digest

Et dans ce bouquin y'a écrit

Que des gars se la coulent douce à Miami

Pendant ce temps que je fais le zouave

Au fond de la cave

Paraît que y'a pas de sot métier Moi je fais des trous dans des billets

Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous Des trous de seconde classe Des trous de première classe Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous Des petits trous, des petits trous Des petits trous, des petits trous

Je suis le poinçonneur des Lilas Pour Invalides changer à Opéra Je vis au cœur de la planète J'ai dans la tête Un carnaval de confettis J'en amène jusque dans mon lit Et sous mon ciel de faïence Je ne vois briller que les correspondances Parfois je rêve je divague Je vois des vagues Et dans la brume au bout du quai Je vois un bateau qui vient me chercher

Pour me sortir de ce trou où je fais des trous Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous Mais le bateau se taille Et je vois que je déraille Et je reste dans mon trou à faire des petits trous Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous

Des petits trous, des petits trous Des petits trous, des petits trous

Je suis le poinçonneur des Lilas

Arts-et-Métiers direct par Levallois

J'en ai marre j'en ai ma claque

De ce cloaque

Je voudrais jouer la fille de l'air

Laisser ma casquette au vestiaire Un jour viendra j'en suis sûr Où je pourrais m'évader dans la nature Je partirai sur la grande route Et coûte que coûte Et si pour moi il n'est plus temps Je partirai les pieds devant

Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous

Y'a de quoi devenir dingue De quoi prendre un flingue Se faire un trou, un petit trou, un dernier petit trou Un petit trou, un petit trou, un dernier petit trou Et on me mettra dans un grand trou Où je n'entendrai plus parler de trou plus jamais de trou De petits trous de petits trous de petits trous

Quand j'ai entendu pour la première fois cette chanson, j'étais un petite fille et je pensais que le chanteur disait :" petites roues"... C'est logique, je vivais à la campagne et n'avais jamais emprunté le métro !

Aujourd'hui, nous allons trouer le texte de la chanson pour le transformer en une création :


Je suis le ........................ des ............

Le .................................... qu'on croise et qu'on n'regarde pas

Y'a pas de ..................... sous la ..................

Drôle de .......................

Pour tuer le .................................... j'ai dans ma ........................

Les ............................. du ................................

Et dans ce ............................... y'a écrit

Que des ............................. se la coulent douce à Miami

Pendant ce temps que je fais le ........................

Au .......................de la ...........................

Paraît que y'a pas de sot .........................

Moi je fais des .................. dans des .......................


(Cliquez sur le texte ci-dessus pour lire quelques exemples.)


Nous quittons la poinçonneuse pour la pointeuse.

"À la ligne" est le premier roman de Joseph Ponthus (né en 1978). C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire embauché dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d'Apollinaire et les chansons de Trenet. C'est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l'odeur de la mer. Par la magie d'une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Dans les pages 178 à 181, l'auteur-narrateur exprime tout ce que le travail dans les abattoirs lui inspire :

Mercredi

Monotonie

Lancinante

Douce

Ou sordide

Rien ne change

Les mêmes gueules aux mêmes heures

Le même rituel avant l'embauche

Les mêmes douleurs physiques

Les mêmes gestes automatiques

Les mêmes vaches qui défilent encore et toujours à travailler sur cette ligne qui ne s'arrête jamais

Le même paysage de l'usine

Le même tapis mécanique

Les mêmes collègues à leur place indéboulonnable

Et les vaches défilent

Les mêmes gestes

Parfois c'est rassurant comme un cocon

On fait sans faire

Vagabondant dans ses pensées

La vraie et seule liberté est intérieure

Usine tu n'auras pas mon âme

Je suis là

Et vaux bien plus que toi

Et vaux bien plus à cause de toi

Grâce à toi

Je suis sur les rives de l'enfance

Pas un mort n'était encore venu obscurcir ma vie

Je suis chez ma grand-mère

Sa présence est chaude et éternelle

Demain elle sera encore là

Je souris en travaillant mes vaches

Au gré des souvenirs pointe un petit malheur et voilà que la carcasse devient ennemie

Le geste pourtant automatique suscite l'effort puis la douleur

Tout est si lourd

Les vaches

Mon corps

Le travail

Voire ma vie

Tout oppresse dans ce lieu qui ne change pas

Ne changera jamais

Ma grand-mère est morte depuis belle lurette

J'ai bientôt quarante berges et je moisis à travailler dans un abattoir

Le plus souvent

Il n'en est rien de ces deux extrêmes

Rien ne se passe que la machinale monotonie des vaches à travailler

Et les comptes et les décomptes

On compte les heures qui restent à tirer

Les minutes avant la prochaine heure

Le nombre de vaches que je pousse d'un seul coup

Le nombre de crochets que je prends d'une seule main

Les heures que j'ai déjà travaillées dans la semaine

Les rails de vaches restant à sortir

On compte sa peine

Ses abattis

Et ses douleurs

Je compte et je recompte

Parce que

C'est toujours comme chez Brel

"Chez ces gens-là

On ne cause pas

On ne cause pas

On compte".

C'est mercredi et c'est le milieu de la semaine

J'ignore si c'est la monotonie ou les efforts répétés qui fatiguent autant alors qu'hier et lundi ça allait bien bordel

Et encore deux jours à tirer

Dans ce fragment de texte, je retrouve bien des aspects du travail. Aspects positifs : "monotonie douce", "rassurant comme un cocon", "liberté intérieure", "je souris en travaillant". Mais le plus souvent le mot "travail" se présente sous une forme très dure : répétition lancinante du mot "même", "ligne qui ne s'arrêtera jamais", "douleurs physiques", "monotonie sordide", "des jours à tirer", "tout est si lourd".

A notre tour d'écrire sur le travail ! Voilà ma deuxième consigne : quels mots, quels images, quelles réflexions nous inspire notre travail ? Celui d'hier, celui d'aujourd'hui, celui à venir si nous souhaitons en changer. Pourquoi l'avoir choisi, celui-là plutôt qu'un autre ? Pour l'exercer encore ou vouloir en changer ? Quelqu'un que nous aimons exerçait déjà ce métier ? Est-ce que nous conseillons à des jeunes cette profession ? Pourquoi ?

Nous pouvons simplement commencer par raconter une journée classique, banale de travail, du matin au soir et le reste suivra !

Bonne écriture !

A la semaine prochaine !

© 2020 Marie-Paule Henri.