Atelier d'écriture du mercredi 25 novembre 2020


Combien de ponts compte notre commune ?

Arles est située à la séparation du Rhône en deux bras inégaux, début de son delta et donc de la Camargue, zone humide parcourue de nombreux canaux. Le pont Van Gogh est le plus célèbre puisque les touristes viennent du monde entier pour l'admirer. L'ancien pont romain est le plus âgé mais il a été détruit en 1944 et ne subsistent aujourd'hui que les lions sculptés sur les rives pour en témoigner. Le modeste pont suspendu sur le petit Rhône d'Arles à Fourques date de 1830, il est classé aux Monuments Historiques. Le pont Réginel relie le centre-ville aux quartiers sud d'Arles en enjambant à la fois le canal d'Arles à Port de Bouc et la route nationale N 113 à deux voies. Le pont de Trinquetaille relie le centre-ville au quartier de Trinquetaille, bien évidemment. Pas un jour ne se passe sans que nous empruntions au moins l'un ou l'autre de ces ponts.

Le pont. Une thématique et un symbole très prégnants dans notre imaginaire. Les ponts figurent sur nos billets européens en tant que symbole de paix et d'échanges culturels et commerciaux, mais ils furent aussi des cibles de guerre. Les ponts sont à la fois ce qui unit et ce qui peut séparer, ce qui permet de circuler et ce qui bloque les échanges. Les ponts sont aussi le refuge des exclus, des marginaux, des miséreux, des sans abri.

Pourquoi ne pas chercher la place du "pont" dans la littérature puisque cette construction en bois, en brique, en corde, en béton ou en métal nous est si familière ?


§ 1. - Construction du pont.

Il faut construire un radeau dont la longueur soit supérieure la largeur du fleuve, et le composer de planches qui ne soient pas réunies par des clous joints trop exactement, de crainte que par suite des efforts du courant dans diverses directions, il ne s’écarte et se brise mais, en plusieurs points, on doit le consolider au moyen de câbles et avec des clous plantés en petit nombre.

La partie du bâti qui est tournée vers le fleuve présentera une sorte de rempart en bois assemblé à charnières, d’une hauteur de douze pieds, fixé au moyen de montants droits, reliés par des clous à des planches en écharpe.

Il faut aussi suspendre des peaux sur la face du rempart, et appliquer à l’intérieur des échelles dont les montants doivent être traversés aux deux extrémités de chevilles rondes; les unes, appuyées sur le rempart, doivent avoir leurs charnières sur les pièces verticales; les autres doivent être fixées au sol, afin que la paroi soit consolidée par l’obliquité des échelles (formant arcs boutants), et se maintienne d’aplomb. Des hommes, situés sur ces échelles, combattront, se trouvant à une hauteur qui dominera les créneaux de l’ennemi situés en face d’eux.

Ce rempart ne doit pas être d’une seule pièce, afin qu’au besoin une des parties reste en place, tandis que l’autre se rabat. Dans le cas où il deviendrait nécessaire que le tout s’abaisse, nous le ferons ainsi qu’il suit, en rabattant toutes les échelles à l’intérieur à partir du sol.

Extrait de l'œuvre d'Appolodore de Damas (Syrie, environ 50 à 130 après J-C)


"Ce bon vieux pont, sous ses trois arches, En a déjà bien vu de l’eau Passer verte avec du galop Ou du rampement dans sa marche. Il connaît le pas, la démarche De l’errant qui porte un ballot, Du petit berger tout pâlot Et du mendiant patriarche. Au creux de ce profond pays, Entre ces grands bois recueillis Où l’ombre humide a son royaume, Le jour, à peine est-il réel !... Le soir, sous l’œil rouge du ciel, Il devient tout à fait fantôme."

Poème extrait de "Paysages et paysans" de Joseph Rollinat (1846-1903)


"Deux marchands, deux frères, passaient le pont de Londres. Chacun d’eux conduisait un cheval chargé de marchandises. Le plus âgé des deux s’appelait Robert, et l’autre Ollivier.

— Nous voici donc, dit Ollivier à son frère, sur le pont de Londres, dont nous avons entendu parler si souvent. Quel beau pont ! Et comme il est long !

— Oui, trois fois plus long que la grâce de Dieu, répondit Robert.

— Que dis-tu là, mon frère ? Où as-tu entendu cela ?

— Tout le monde te le dira, que le pont de Londres est trois fois plus long que la grâce de Dieu.

— C’est péché à toi de parler de la sorte, mon frère ; rien au monde n’est aussi grand que la grâce de Dieu, ni n’en approche même.

— Eh bien ! Parions pour voir.

— Je le veux bien ; mais tu perdras.

— Ton cheval avec sa charge et tout ton argent, contre mon cheval avec sa charge et tout mon argent, que les trois premières personnes que nous rencontrerons me donneront raison.

— C’est entendu, puisque tu y tiens.

Ils rencontrèrent d’abord un prêtre. Robert alla droit à lui et lui parla de la sorte :

— N’est-il pas vrai, monseigneur, que le pont de Londres est trois fois plus long que la grâce de Dieu ?

— Oui, vraiment, répondit le prêtre sans hésiter, et celui qui soutient le contraire est dans l’erreur.

— Vois-tu ? dit Robert, triomphant, à son frère.

— Ce n’est qu’un, répondit 0llivier, et, à te parler franchement, je soupçonne même cet homme d’être un faux prêtre. Demande encore à ce juge qui vient vers nous.

Et Robert aborda le juge, en le saluant, et lui dit :

— N’est-il pas vrai, monseigneur le juge, que le pont de Londres est trois fois plus long que la grâce de Dieu ?

— Tout le monde sait cela, imbécile, lui répondit le juge ; d’où donc viens-tu pour être si ignorant ?

— Tu as encore entendu celui-là ? dit Robert, en se détournant vers son frère ; et de deux !

— Des méchants, répondit Ollivier ; je parie qu’ils ne sont pas chrétiens. Mais demande encore à ce vieux moine à barbe blanche qui passe.

Et Robert demanda encore au vieux moine à barbe blanche :

— N’est-ce pas, mon père, que le pont de Londres est trois fois plus long que la grâce de Dieu ?

— C’est parfaitement vrai, mon fils, répondit le moine, et tout le monde vous le dira.

— Tu as entendu, Ollivier ? dit Robert à son frère ; et de trois ! Ton cheval avec sa charge et tout ton argent sont à moi.

— Allons ! Je n’aurais jamais cru pareille chose ! dit Ollivier, qui ne revenait pas de son étonnement. Prends mon cheval avec sa charge, puisqu’il est vrai que j’ai perdu.

— Et ton argent ? Ton argent m’appartient aussi.

— C’est vrai, mon argent est aussi à toi. Mais, mon frère, tu me laisseras bien, sans doute, quelque chose ? Car comment ferai-je pour vivre, si tu me prends tout ?

— Écoute, nous avons parié, et tu as perdu ; tu n’as donc qu’à payer, à présent ; je ne connais que ça.

Et il lui prit son cheval avec sa charge et tout l’argent qu’il avait. Puis, avant de partir, il lui dit :

— Tiens, voilà dix sous que je te donne, par pitié pour toi ; et, à présent, bonsoir, et tire-toi d’affaire comme tu pourras !

— Mais, mon frère, nous nous reverrons, sans doute ?

- Oui, retrouve-toi ici, sur le pont, dans un an et un jour, et tu verras quel homme je serai devenu".

Légendes chrétiennes, François-Marie Luzel (1821-1895)



"Qui n’a pas vu Avignon du temps des Papes, n’a rien vu. Pour la gaieté, la vie, l’animation, le train des fêtes, jamais une ville pareille. C’étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du Pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêteurs ; puis, du haut en bas des maisons qui se pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal comme des abeilles autour de leur ruche, c’était encore le tic tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l’or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d’harmonie qu’on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses ; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu’on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont. Car chez nous, quand le peuple est content, il faut qu’il danse, il faut qu’il danse ; et comme en ce temps-là les rues de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifres et tambourins se postaient sur le pont d’Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit l’on y dansait, l’on y dansait… Ah ! L’heureux temps ! L’heureuse ville ! Des hallebardes qui ne coupaient pas ; des prisons d’État où l’on mettait le vin à rafraîchir. Jamais de disette ; jamais de guerre… Voilà comment les Papes du Comtat savaient gouverner leur peuple ; voilà pourquoi leur peuple les a tant regrettés !…"

La mule du pape, Lettres de mon moulin, Alphonse Daudet (1840-1897)


"Vers trouvés sur le pont du Rhône

Il est minuit, et tu sommeilles ; Tu dors, et moi je vais mourir. Que dis-je, hélas ! Peut-être que tu veilles ! Pour qui ?... L'enfer me fera moins souffrir. Demain quand, appuyée au bras de ta conquête, Lasse de trop d'amour et cherchant le repos, Tu passeras ce fleuve, avance un peu la tête Et regarde couler ces flots."

Poésies diverses, François-René Chateaubriand (1768-1848)



La ville imaginaire de Coca, à l'urbanisme nouvellement audacieuse, située sur la côte Californienne est le décor d'une fresque imposante consacrée à l'édification d'un pont suspendu aux dimensions phénoménales. Le maire de la ville, homme trouble et mégalomane, cherche à désenclaver sa commune trop dépendante à son goût des villes côtières. Détestant de surcroît les ouvrages du passé ainsi que tout ce qui ressemble à une forme d'héritage culturel, il s'imagine en mécène, tel un « Médicis », et exige de ce fait la construction d'un nouveau pont :

« Pas n'importe quelle arche, pas n'importe quel viaduc cogité à la hâte mais un pont à l'image de la nouvelle Coca. Il veut quelque chose de large et fonctionnel, il veut au moins six voies - une autoroute par-dessus le fleuve. Il veut une œuvre unique. »

Extrait de Naissance d'un pont de Maylis de Kerangal (toulonnaise née en 1967)



IL SUFFIT DE PASSER LE PONT Il suffit de passer le pont. C'est tout de suite l'aventure ! Laisse–moi tenir ton jupon, Je t'emmène visiter la nature ! L'herbe est douce à Pâques fleuries... Jetons mes sabots, tes galoches, Et, légers comme des cabris, Courons après les sons de cloches! Dinn din don ! Les matines sonnent En l'honneur de notre bonheur. Ding ding dong ! Faut le dire à personne: J'ai graissé la patte au sonneur.

Georges Brassens (1921-1981)


Et voici la consigne du jour : je parle d'un pont ou bien de tous les ponts de ma vie. Traversés ou pas !


Bonne écriture, bonnes lectures.

A mercredi prochain.

© 2020 Marie-Paule Henri.