Atelier d'écriture du mercredi 22 juillet 2020


Connaissez-vous Philippe BOUVARD ? Né en 1929, il est célèbre pour avoir été journaliste, humoriste, animateur de radio (Les Grosses Têtes) et de télévision mais aussi écrivain (une quarantaine de livres), auteur de théâtre et dialoguiste au cinéma.

A près de 91 ans, il vient de signer son dernier article dans la revue "Le Figaro Magazine" du 10 juillet 2020. Voici un extrait significatif de cette ultime chronique.

Que de bons souvenirs, même si, confessant des génies, j'ai cherché davantage l'anecdote, fût-elle insignifiante, plutôt que la signification profonde d'une vie.

Mea Culpa.

Il m'est arrivé de consacrer des papiers très longs à des talents très courts.

Mea Culpa.

J'ai tenté d'ériger de petites difficultés personnelles en grands problèmes de société.

Mea Culpa.

Je n'ai vu midi qu'à ma porte et rien à minuit car, harassé par plusieurs collaborations, je dormais déjà.

Mea Culpa.

Je me suis cru intouchable longtemps avant qu'il soit interdit de toucher autrui.

Mea Culpa.

J'ai surtout applaudi les gouvernements assez courtois pour m'inviter à déjeuner.

Mea Culpa.

J'ai donné mon avis sur des conflits sociaux bien que n'ayant jamais participé à une manifestation, fait grève ou connu le chômage.

Mea Culpa.

Ma dilection pour les voitures rapides, m'a empêché de voir qu'il y avait - en dehors du Tour de France - tant de gens sur le bord de la route.

Mea Culpa.

Quand le présent ne m'inspirait pas, j'ai inventé des futurs saugrenus en passant de la fantaisie à un delirium tremens.

Mea Culpa.

J'ai frôlé le mauvais goût en imaginant le discours de réception qu'aurait pu prononcer Loana si l'on avait admis une poitrine médiatisée sous la Coupole.

Mea Culpa.

J'ai plus joué avec les mots qu'avez les idées générales après lesquelles je courais sans les rattraper.

Mea Culpa.

Je me suis pris pour un phare éclairant le monde tandis que ma taille ne dépassait pas la hauteur du comptoir des cafés du Commerce et en oubliant que Thackeray avait dit :" Un homme plein de lui-même fait un joli petit paquet".

Mea Culpa.

J'ai donné des leçons de français aux confrères alors que je puisais dans le LITTRE des vocables rares accréditant un simulacre d'érudition.

Mea Culpa.

Je me suis comporté comme si la page d'écriture d'un mercenaire du stylo était supérieure à la page entièrement blanche disponible pour des sortilèges de plume plus flagrants.

Mea Culpa.

J'ai mis au rancart le rock, le rap, les BD, le nouveau roman, la peinture abstraite.

Mea Culpa.

Mon incapacité à mémoriser et à prononcer les noms étrangers de plus de deux syllabes m'a conduit à passer sous silence des pays, des philosophes, des écrivains, des artistes dont le seul tort était de ne pas posséder de passeport identique au mien.

Mea Culpa.

Sous développé musculaire, j'ai éliminé de mes centres d'intérêt le sport et les sportifs.

Mea Culpa.

Ma principale faute aura été de traiter par l'indifférence, voire par le mépris ce qui passionne tant de contemporains.

Mea Culpa.

En dépit de métiers que j'ai exercés et des responsabilités qui m'incombaient, je n'ai pas su répondre à la question fondamentale : faut-il suivre, précéder ou ignorer ce qu'on appelle les tendances ?

Mea Culpa.

XIX mea culpa ! 19 aveux de fautes commises... J'imagine Philippe BOUVARD se frappant la poitrine en prononçant ces paroles :" Mea culpa". Reconnaissant ses torts, va-t-il réparer ce qui peut l'être ? Laissons le vieil homme se débrouiller seul avec sa conscience.

C'est la forme du texte qui a retenu toute mon attention. Aurais-je moi aussi des actes à me faire pardonner par mes collègues de travail, mes voisins, ma voiture, mon lit, mes amis, mes animaux de compagnie, ma famille, ma bibliothèque, mon dentiste, mes plantes vertes ? C'est le moment de faire le point et de rédiger mes 19 (plus ? moins ?) "mea culpa" !

Voici donc la consigne du jour : lister 19 fautes (erreurs, bévues, maladresses, défauts, crimes, bêtises, infractions, délits, faux pas et autres balourdises) que je me reproche.

Bonne écriture, bonnes lectures !

A mercredi prochain.

© 2020 Marie-Paule Henri.