Atelier d'écriture du mercredi 22 Avril 2020

Mis à jour : 22 avr. 2020


Voilà plus d'un mois que la France est confinée, ça suffit ! Il est temps de monter des projets, de parler voyage ! Pour Michel BUTOR (1926-2016) "voyager c'est écrire et écrire c'est voyager" (Romantisme, 1972). Alors, mettons-nous en chemin, pour une destination lointaine : notre bureau, notre bibliothèque ou même notre chambre.

En 1794, Xavier de MAISTRE (1763-1852) est mis aux arrêts pendant quarante-deux jours, avec son chien, son valet, ses meubles et ses tableaux. Il rédige : "Voyage autour de ma chambre". Puisque, par la force des choses, le temps est suspendu, l'auteur appelle à s'élever, à pratiquer l'ascension méditative les pieds sur le tapis (Laurent RIGOULET, Télérama 01/04/20).

Dans l'esprit de l'écrivain, le chemin à parcourir est toujours plus important que le point d'arrivée. C'est donc le bon moment pour explorer la pièce où nous vivons tant d'heures palpitantes actuellement. Pas besoin de guide de voyage, ces boussoles en papier, ou alors créons les nôtres. Partons à l'aventure, en randonnée littéraire.

C'est le sujet de ma première consigne : choisissons cette pièce qui nous "enferme" mais nous ouvre aussi des horizons. Mesurons-là (en coudées, en millimètres, etc.) dans tous les sens. Au besoin, esquissons un croquis, en deux ou trois dimensions. Nommons et situons les ouvertures objectives (porte, fenêtre, œil-de-bœuf) et subjectives (tableau, photo, couleur de la peinture murale, papier peint, gravure, tapisserie, etc.).

Suivons les recommandations de François BON (né en 1953) dans "tous les mots sont adultes" : "... les détails qu'on voit parce qu'on est là longtemps : défauts du sol, inventaire des objets fixes : rampe de balcon, tuyaux de chauffage, poignées de la porte et de la fenêtre, organisation du placard. Ce qu'il y a sur les murs, le défilé des lumières. On peut parler des fissures du plafond, et des mondes qu'on y crée."

Voilà un travail de description, plus ou moins réaliste et vraisemblable, qui va nous occuper aujourd'hui. N'en faisons pas plus ! Laissons reposer cet écrit jusqu'au lendemain. Nous avons besoin d'être en forme pour un périple qui s'annonce fécond.

Le 2ème jour, quand nous sommes frais et dispos, reprenons notre sujet : "le voyage autour de ma chambre". Xavier de MAISTRE est un guide stimulant : "Mon cœur éprouve une satisfaction inexprimable lorsque je pense au nombre infini de malheureux auxquels j'offre une ressource assurée contre l'ennui, et un adoucissement aux maux qu'ils endurent".

Sortons des sentiers battus (la porte) et montrons-nous curieux, au moment de choisir notre point de départ : le radiateur (où s'empilent revues, mouchoirs et tasse noircie de café ?) ou plutôt cette prise électrique un peu de travers (mal fixée dans le mur et d'où converge tout un embrouillamini de câbles et de fils) ?

Voilà ma deuxième consigne ou la consigne du 2ème jour : une fois acté notre démarrage, avec une justification toute personnelle, dans quelle direction allons-nous continuer : le nord ou le sud ? L'est ou l'ouest ? Evidemment cela dépend des reliefs (les meubles) et de la nature de notre projet : la logique ou le hasard ?

Sortez vos sextants pour envisager l'itinéraire adapté à votre pénitencier : "Je le traverserai souvent en long et en large, ou bien diagonalement, sans suivre de règle ni de méthode - je ferai même des zigzags et je parcourrai toutes les lignes possibles en géométrie si le besoin l'exige" prévoit Xavier de MAISTRE.

Ecrivons le paragraphe du jour !

Nous voici déjà au 3ème jour de notre voyage. Ne nous fatiguons pas pour autant ! L'expérience de Xavier de MAISTRE nous aide là encore : "...nous marcherons à petites journées, en riant le long du chemin, aucun obstacle ne pourra nous arrêter ; et nous livrant gaiement à notre imagination, nous la suivrons partout où il lui plaira de nous conduire."

Quelle va être notre prochaine étape ? C'est la 3ème consigne : décrivons le but de notre cheminement du jour.

Quelque chose qui représente l'âme du lieu : le calendrier des Postes (Almanach du facteur 2020 tellement identique à celui de 2019), l'éclairage électrique (lampe, lampadaire, applique murale, lustre, luminaire, plafonnier) ? Choisissons ce dernier, baptisons-le : cristaloclairage. Connaissons-nous son âge, son histoire ? Peut importe, inventons-lui mille anecdotes : ce qu'il a pu voir, ce qu'il aurait bien aimé regarder, ce qu'il a perçu mais ne révèlera jamais (même sous la torture).

Ou alors, jetons un regard neuf sur, par exemple, ce tapis sous nos pieds. D'où vient-il ? Depuis combien de temps repose-t-il ici ? Pourquoi justement ici et pas ailleurs ? Il y reste parce qu'oublié, même si nous le détestons, et pas seulement au moment du ménage ? Si nous avions une baguette magique (en ce moment ce serait fort utile...) que ferions-nous de ce couvre-sol, en quoi le transformer, par quoi le remplacer ? Rien que d'imaginer la faune qui vit en parasite entre ses poils, nous pouvons occuper notre journée, un crayon à la main !

Ecrivons mais sans épuiser nos forces : nous en avons besoin pour la suite de notre périple...

L'expédition nous semble infinie. Il faut cependant penser à sa fin. Le confinement cessera aussi brutalement qu'il a commencé. Après cette écriture d'une évasion, l'épreuve du retour à la prosaïque réalité va se révéler pénible. Bien sûr, notre esprit conservera mille souvenirs de notre voyage, consignés sur papier ou dans notre ordinateur. Nous repenserons avec nostalgie à notre épopée : le monde tel que nous le percevrons ne sera plus jamais identique à celui que nous avons décrit en quelques pages si vivantes !

Entre temps, la terre aura tourné. En nous relisant nous ferons voyager nos yeux. La lecture sera devenue notre voyage.

C'est la 4ème consigne : quel est notre ressenti ? Notre regard sur cette pièce a-t-il changé et en quoi ?

Bon voyage ! Au plaisir de vous lire !

© 2020 Marie-Paule Henri.