Atelier d'écriture du mercredi 2 décembre 2020

Dernière mise à jour : 10 déc. 2020


Guêpier par Thierry Vezon

Quand nous parlons des "oiseaux", auxquels pensons-nous réellement ? Les écrivains et l'Histoire nous aident à y réfléchir.

Les hauts dignitaires égyptiens se font enterrer avec des ibis sacrés, momifiés après leur mort naturelle pour vénérer le dieu Thot au moment du passage dans l'Au-delà.

Dans sa comédie "les oiseaux", le poète grec Aristophane (445-385 avt JC) décrit un monde né d'un œuf originel et conte une joyeuse utopie politico-religieuse.

Le philosophe grec Aristote (384-322 avt JC) affirme que l'hirondelle s'engourdit en hiver et le passe au fond des marais.

Le philosophe romain Plutarque (46-125 ap JC) explique que le martin-pêcheur est capable de calmer les flots et d'attirer les poissons.

Dans l'Antiquité, on imagine que le cygne continue à chanter après sa mort et qu'alors, sa voix est plus douce et plus harmonieuse que jamais. Le musicien Camille Saint-Saëns (1835-1921) reprend cette légende dans "Le Carnaval des animaux" en 1886.

François Villon (1431-1463) fait allusion aux oiseaux néfastes dans sa "ballade des pendus" :

La pluie nous a lessivés et lavés Et le soleil desséchés et noircis; Pies, corbeaux nous ont les yeux crevés, Et arraché la barbe et les sourcils. Jamais nul temps nous ne sommes assis; De ci de là, comme le vent varie, À son plaisir sans cesser nous charrie, Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre. Ne soyez donc de notre confrérie, Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Nicolas Boileau (1636-1711) entretient la légende du caractère funeste des rapaces nocturnes dans "Le Lutrin" :

Là, depuis trente hivers, un hibou retiré

Trouvait contre le jour un refuge assuré.

Des désastres fameux ce messager fidèle

Sait toujours des malheurs la première nouvelle.

Charlemagne (décédé en 814), le connétable de France Bertrand du Guesclin (1320-1380) et Napoléon 1er (1769-1821) ont choisi comme emblème l'aigle royal, symbole de puissance et de gloire que Barbara (1930-1997) sublimera plus tard :

Un beau jour ou peut-être une nuit

Près d'un lac je m'étais endormie

Quand soudain, semblant crever le ciel

Et venant de nulle part

Surgit un aigle noir

Alphonse de Lamartine (1790-1869) immortalise "le rossignol" :

Ah ! Ta voix touchante ou sublime

Est trop pure pour ce bas milieu

Cette musique qui t'anime

Est un instinct qui monte à Dieu.

Pendant la Révolution Française, Jules Michelet (1798-1874) se réfugie à la campagne, près de Nantes, sur les bords de l'Erdre. Sous sa plume, "les oiseaux", publié en 1856, deviennent respectables.

Victor Hugo (1802-1885) représente "la nichée sous le portail" dans ce poème encore une fois très proche de la religion :

Oui, va prier à l'église, Va ; mais regarde en passant, Sous la vieille voûte grise, Ce petit nid innocent. Aux grands temples où l'on prie Le martinet, frais et pur, Suspend la maçonnerie Qui contient le plus d'azur. La couvée est dans la mousse Du portail qui s'attendrit; Elle sent la chaleur douce Des ailes de Jésus-Christ.

Sans avoir jamais posé un pied en Amérique du Sud, le poète Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894), né sur l'île de la Réunion campe "Le sommeil du condor" avec magnificence :

Par-delà l'escalier des roides Cordillières, Par-delà les brouillards hantés des aigles noirs, Plus haut que les sommets creusés en entonnoirs Où bout le flux sanglant des laves familières, L'envergure pendante et rouge par endroits, Le vaste Oiseau, tout plein d'une morne indolence, Regarde l'Amérique et l'espace en silence, Et le sombre soleil qui meurt dans ses yeux froids. La nuit roule de l'est, où les pampas sauvages Sous les monts étagés s'élargissent sans fin ; Elle endort le Chili, les villes, les rivages, Et la mer Pacifique, et l'horizon divin ; Du continent muet elle s'est emparée : Des sables aux coteaux, des gorges aux versants, De cime en cime, elle enfle, en tourbillons croissants, Le lourd débordement de sa haute marée. Lui, comme un spectre, seul, au front du pic altier, Baigné d'une lueur qui saigne sur la neige, Il attend cette mer sinistre qui l'assiège : Elle arrive, déferle, et le couvre en entier. Dans l'abîme sans fond la Croix australe allume Sur les côtes du ciel son phare constellé. Il râle de plaisir, il agite sa plume, Il érige son cou musculeux et pelé, Il s'enlève en fouettant l'âpre neige des Andes, Dans un cri rauque il monte où n'atteint pas le vent, Et, loin du globe noir, loin de l'astre vivant, Il dort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes.

Charles Baudelaire (1821-1867) évoque dans ses écrits "l'albatros" et "les hiboux".

Guy de Maupassant brosse le portrait des "Oies sauvages", Sully Prudhomme (1839-1907) rédige "Le cygne" et "Fidèles hirondelles", Jules Lemaître (1853-1914) raconte "Les mouettes", Emile Verhaeren (1855-1916) décrit :"Le vol passant des hérons lents".

Plus près de nous, Jacques Prévert (1903-1976) dessine "le portrait d'un oiseau" :

Peindre d'abord une cage Avec une porte ouverte Peindre ensuite Quelque chose de joli Quelque chose de simple Quelque chose de beau Quelque chose d'utile pour l'oiseau

Placer ensuite la toile contre un arbre Dans un jardin Dans un bois Ou dans une forêt Se cacher derrière l'arbre Sans rien dire Sans bouger

Parfois l'oiseau arrive vite Mais il peut aussi bien mettre de longues années Avant de se décider Ne pas se décourager Attendre Attendre s'il le faut pendant des années La vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau N'ayant aucun rapport Avec la réussite du tableau

Quand l'oiseau arrive S'il arrive Observer le plus profond silence Attendre que l'oiseau entre dans la cage Et quand il est entré Fermer doucement la porte avec le pinceau Puis Effacer un à un tous les barreaux En ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau

Faire ensuite le portrait de l'arbre En choisissant la plus belle de ses branches Pour l'oiseau Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent La poussière du soleil Et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été Et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter

Si l'oiseau ne chante pas C'est mauvais signe Signe que le tableau est mauvais Mais s'il chante c'est bon signe Signe que vous pouvez signer

Alors vous arrachez tout doucement Une des plumes de l'oiseau Et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Pierre Perret (né en 1934) a sans doute lu le poème précédent avant de chanter "ouvrez la cage aux oiseaux".

Quand le résistant René Char (1907-1988) choisit "L'alouette", Jacques Brel (1929-1978) ricane avec "La colombe" :

Pourquoi cette fanfare

Quand les soldats par quatre

Attendent les massacres

Sur le quai d'une gare ?

Pourquoi ce train ventru

Qui ronronne et soupire

Avant de nous conduire

Jusqu'au malentendu ?

Pourquoi les chants, les cris

Des foules venues fleurir

Ceux qui ont le droit de partir

Au nom de leur connerie ?

Nous n'irons plus aux bois, la colombe est blessée,

Nous n'allons pas au bois, nous allons la tuer.

Michel Fugain (né en 1942) nous fait danser avec "Fais comme l'oiseau" et Marie Myriam (née en 1957) nous fait sourire avec "l'oiseau et l'enfant" :

Comme un enfant aux yeux de lumière

Qui voit passer au loin les oiseaux

Comme l'oiseau bleu survolant la terre

Vois comme le monde, le monde est beau.


Nous restons sur cette note optimiste au moment de répondre à la consigne de la semaine : qu'est-ce que un oiseau en particulier (lequel ?) ou les oiseaux en général, m'inspirent, me rappellent, m'invitent à créer comme récit ?


Bonne écriture, bonnes lectures !


A mercredi prochain.