Atelier d'écriture du mercredi 17 juin 2020



Dimanche 21 juin, c'est la fête des pères.

La fête des mères a été officialisée en France en 1950, celle des pères en 1952. Abordons la figure paternelle grâce à la littérature.

Mon vieux (écrit par Jean FERRAT (1930-2010) et chanté par Daniel GUICHARD, né en 1948).

Dans son vieux pardessus râpé Photo © Martin Parr

Il s'en allait l'hiver, l'été

Dans le petit matin frileux

Mon vieux.

Y'avait qu'un dimanche par semaine

Les autres jours c'était la graine

Qu'il allait gagner comme on peut

Mon vieux.

L'été, on allait voir la mer

Tu vois c'était pas la misère

C'était pas non plus l'paradis

Hé oui tant pis.

Dans son vieux pardessus râpé

Il a pris pendant des années

L'même autobus de banlieue

Mon vieux.

L'soir en rentrant du boulot

Il s'asseyait sans dire un mot

Il était du genre silencieux

Mon vieux.

Les dimanches étaient monotones

On n'recevait jamais personne

ça n'le rendait pas malheureux

Je crois, mon vieux.

Dans son vieux pardessus râpé

Les jours de paye quand il rentrait

On l'entendait gueuler un peu

Mon vieux.

Nous, on connaissait la chanson

Tout y passait, bourgeois, patrons,

La gauche, la droite, même le bon Dieu

Avec mon vieux.

Chez nous y'avait pas la télé

C'est dehors que j'allais chercher

Pendant quelques heures l'évasion

Tu sais, c'est con !

Dire que j'ai passé des années

A côté de lui sans le r'garder

On a à peine ouvert les yeux

Nous deux.

J'aurais pu c'était pas malin

Faire avec lui un bout d'chemin

ça l'aurait p't-êt'rendu heureux

Mon vieux.

Mais quand on a juste quinze ans

On n'a pas le cœur assez grand

Pour y loger tout's ces chos's-là

Tu vois.

Maintenant qu'il est loin d'ici

En pensant à tout ça j'me dis :

"J'aim'rais bien qu'il soit près de moi,

Papa..."

Après la bataille

Victor Hugo (1802-1885)

Mon père, ce héros au sourire si doux, Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille, Parcourait à cheval, le soir d’une bataille, Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit. Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit. C’était un Espagnol de l’armée en déroute Qui se traînait sanglant sur le bord de la route, Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié. Et qui disait: » A boire! à boire par pitié ! » Mon père, ému, tendit à son housard fidèle Une gourde de rhum qui pendait à sa selle, Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. » Tout à coup, au moment où le housard baissé Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure, Saisit un pistolet qu’il étreignait encore, Et vise au front mon père en criant: « Caramba! » Le coup passa si près que le chapeau tomba Et que le cheval fit un écart en arrière. « Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

Dans "L'usure des jours", Lorette Nobécourt (née en 1968) décrit son père :

Pour nous faire rire, il pointait les poils d'un pinceau au-dessus de sa bouche, levant la main et criait : "Heil Hitler !" Ai-je ri, enfant ? Oui, sûrement.

Pour son livre "69 vies de mon père", Ludovic Degroote (né en 1958) évoque le vide, le manque :

Mon père est mort si vite qu'il n'a pas eu le temps de me dire qu'il n'avait pas eu le temps de parler à son père.

L'écrivain tchèque Oto Pavel (1930-1973) narre les merveilleux souvenirs que lui a laissés son père dans "Comment j'ai rencontré les poissons" :

Mon génial papa me recruta un jour pour poser des lignes de fond. Il avait élaboré un plan brillant, et surtout audacieux, qui lui permettrait de prendre les anguilles à coup sûr. Nous allions mettre nos lignes dans le courant en contre-bas de la prairie, en eau profonde. Il s'agissait d'appâter dans les endroits par où les anguilles montent à contre-courant et leur servir, disait papa, un festin auquel elles ne pourraient pas résister. On aurait tellement d'anguilles qu'on pourrait les donner au charcutier pour les faire fumer. Papa me dit : "L'anguille fumée, c'est ce qu'il y a de meilleur. On peut en manger à longueur d'année."

Terminons ce minuscule tour d'horizon de la littérature paternelle par le joli album jeunesse de Françoise Legendre (née en 1955) et Judith Gueyfier (née en 1981) : "Mon papa roulait les R" :

Mon papa aimait la ciorba et les mititë et ça sentait bon dans toute la maison.

Mon papa écrivait de longues lettres à Pépé et Mamie et je faisais des dessins au dos du papier fin. Sur l'enveloppe, il y avait un avion bleu.

Mon papa m'a dit un jour qu'il était devenu français mais je n'ai pas oublié le mot "apatride".

Mon papa me montrait où il était né et j'étais fière qu'il ait traversé toute l'Europe.

Mon papa disait que si les choses doivent arriver, elles arrivent, inutile de se lamenter, mais il avait des larmes dans les yeux, quelquefois.

Mon papa roulait les R et je ne m'en rendais pas compte.

Et maintenant, stimulés par ces lectures, à nous d'écrire sur ou à notre père (ou papa) ! C'est la consigne du jour. Qu'avons-nous à lui dire, à lui demander, à lui confesser, à nous faire pardonner ou à lui pardonner ? Que nous a-t-il appris, apporté ou pas ? Qu'attendons nous de lui (ou qu'attendions-nous) ? Pourquoi sommes nous si fiers ou pourquoi nous fait-il définitivement honte ? Quels sont les merveilleux souvenirs ou au contraire les horreurs qu'il nous a donné de vivre ? Comment son influence agit-elle sur nous ?

Racontez une ou plusieurs anecdotes ou scènes précises avec des détails et des dialogues. Je lis tout, j'adresse un retour à chacun et je publie sur mon site uniquement ce que vous m'autorisez. Bonne écriture !

A mercredi prochain !

© 2020 Marie-Paule Henri.