Atelier d'écriture du mercredi 16 septembre 2020


Il va y avoir du spore (Philosophie Magazine : octobre 2019).

Le champignon, pour vous et moi, c'est un être vivant formé d'un pied surmonté d'un chapeau, dont certaines espèces sont comestibles. Mais ce n'est pas aussi simple ! En fait, le champignon est bien un être vivant, puisqu'il naît, se développe, se reproduit et meurt. Mais il ne fait partie ni du monde animal ni du monde végétal. Il se rapproche du végétal mais peut pousser sans air ni lumière et ne fabrique pas de chlorophylle. Il constitue un règne à lui tout seul. Il est cryptogame cellulaire, c'est-à-dire qu'il donne naissance sans fécondation à un nouvel individu.

Il n'y a pas que la botanique et les gourmands qui s'intéressent aux champignons, la littérature aussi l'utilise dans certaines expressions : pousser comme un champignon, champignon atomique, appuyer sur le champignon, ville champignon. Nos auteurs préférés ne sont pas en reste.

Dans son roman "Le fait du prince", Amélie NOTHOMB (née en 1966) évoque avec humour la lyophilisation des champignons.

Je me laissai ramollir dans l'eau chaude. J'étais heureux comme un champignon séché mis à tremper dans du bouillon : retrouver mon volume d'antan était délectable. J'ai toujours eu pitié des légumes lyophilisés : à quelle vie prétendre quand on a perdu son humidité. Sur le paquet, on affirme que le produit sec a conservé toutes ses propriétés : si on interrogeait le végétal cartonneux, nul doute que son opinion divergerait. L'imputrescibilité, quel ennui !

Pascale PAUTRAT écrit pour les enfants :

Quand je vais dans la forêt

Je regarde les champignons

L'amanite elle a la grippe

La coulemelle n'est pas très très belle

La morille est mangée de chenilles

Le bolet n'est pas frais frais frais

La girolle fait un peu la folle

La langue de bœuf n'a plus le foie neuf

Le lactaire est très en colère

La clavaire ça c'est son affaire

Le cèpe de son côté perd la tête

Moi je préfère les champignons de Paris

Eux au moins n'ont pas de maladies.

Dans son roman "Les vents de Neptune", Fred VARGAS (née en 1957) fait du champignon une métaphore de la vérité.

Adamsberg ouvrit son bagage et lui tendit le pot de sirop d'érable.

_ Je vous ai rapporté ça du Québec. ça se mange avec du yaourt, du pain, des crêpes. ça ira bien avec vos galettes.

_ Ben c'est gentil. Avec tous vos ennuis, ça me fait quelque chose. Il est joli, le pot. C'est de leurs arbres que ça coule ?

_ Oui. Dans cette histoire, c'est encore le pot qui est le plus difficile à faire. Pour le reste, ils fendent les troncs et ils recueillent le sirop.

_ Ben, c'est pratique. Si on pouvait faire ça avec les côtes de porc.

_ Ou avec la vérité.

La langue de bœuf n'a plus le foie, ça se déniche. La vérité, ça se calfeutre comme les champignons, et personne sait pourquoi.

_ Et comment ça se déniche, Clémentine ?

_ Ben exactement comme les champignons. Faut soulever les feuilles une par une dans les endroits sombres. C'est long des foyes.

[...]

Il s'arrêta et passa ses doigts sur ses yeux. Feuille après feuille dans les zones d'ombre, avait recommandé Clémentine, pour débusquer les champignons de la vérité. Pour le moment, il devait suivre pas à pas cette oreille déformée. Un peu en forme de champignon, en effet. Il devait rester attentif, s'efforcer que les nuages plombés de ses pensées ne viennent pas obscurcir le tracé de sa route étroite.

Quant au dramaturge et romancier Tristan BERNARD (1866-1947), il reste égal à lui-même dans cette citation :

Les amours, c'est comme les champignons. On ne sait si elles appartiennent à la bonne ou à la mauvaise espèce que quand il est trop tard.

Après cette mise en bouche, je vous suggère de réaliser un brainstorming autour du thème "champignon(s)". Notez tout le vocabulaire qui vous vient à l'esprit en rapport avec ce mot. Puis rédigez un texte qui utilise la plupart de ces mots. Inventez ou racontez une histoire, laissez les idées ou les souvenirs surgir et s'organiser.

C'est la consigne du jour : racontez votre (vos) champignon (s).

Bonnes lectures, bonne écriture !

A mercredi prochain.